La prise que vous utilisez change le résultat
Commençons par le cas le plus simple à vérifier chez soi. Une EcoFlow Delta 3 Plus annonce 1 024 Wh. Branchée sur sa prise 230 V, elle en restitue 860. Sur sa sortie 12 V, 895. Sur un port USB-C, 937. Même batterie, même charge, même journée : 77 Wh d'écart entre la meilleure et la moins bonne sortie, soit une charge de téléphone entière.
La raison est mécanique. La prise 230 V passe par l'onduleur, qui transforme le courant continu des cellules en courant alternatif, et cette conversion dissipe de la chaleur. Les sorties USB-C et 12 V sautent cet étage : elles servent du continu à partir du continu, avec une simple adaptation de tension, bien moins coûteuse.
| Annoncé | Prise 230 V | Sortie 12 V | USB-C | Écart | |
|---|---|---|---|---|---|
| EcoFlow Delta 3 Plus | 1 024 Wh | 860 Wh | 895 Wh | 937 Wh | 77 Wh |
| EcoFlow River 2 Max | 512 Wh | 377 Wh | 443 Wh | 450 Wh | 73 Wh |
| Anker Solix C300 | 288 Wh | 240 Wh | 254 Wh | 266 Wh | 26 Wh |
La règle pratique tient en une phrase : chaque fois qu'un appareil accepte d'être alimenté en USB-C ou en 12 V, l'alimenter ainsi plutôt que par la prise 230 V. Cela concerne les téléphones, les tablettes, la plupart des ordinateurs portables récents, les glacières à compresseur, les lampes et une bonne partie du matériel de camping.
Plus vous tirez fort, plus vous récupérez (jusqu'à un point)
Voici la partie contre-intuitive. On imagine volontiers qu'une décharge douce ménage la batterie et en tire davantage. Sur une station d'énergie, c'est l'inverse qui se produit dans la plage courante d'utilisation.
La DJI Power 2000, annoncée à 2 048 Wh, en restitue 1 573 quand on ne lui demande que 100 W. Sous 500 W, elle en rend 1 725. Puis, sous 1 600 W, elle retombe à 1 579. La courbe monte, culmine, puis redescend.
| Annoncé | Faible puissance | Puissance moyenne | Forte puissance | |
|---|---|---|---|---|
| DJI Power 2000 | 2 048 Wh | 1 573 Wh (100 W) | 1 725 Wh (500 W) | 1 579 Wh (1 600 W) |
| EcoFlow Delta 2 | 1 024 Wh | 745 Wh (20 W) | 871 Wh (120 W) | 930 Wh (900 W) |
| EcoFlow Delta Pro 3 | 4 096 Wh | 3 911 Wh (500 W) | 3 999 Wh (2 000 W) | |
| EcoFlow River 2 Max | 512 Wh | 366 Wh (50 W) | 373 Wh (150 W) | 377 Wh (500 W) |
L'explication tient à un coût fixe. Une station allumée consomme pour elle-même : écran, ventilateurs, électronique de commande, et surtout l'onduleur. L'ADAC, qui a mesuré huit stations sur un protocole commun, relève qu'activer l'onduleur embarqué peut à lui seul coûter une trentaine de watts. Ces 30 W représentent près d'un tiers d'une consommation de 100 W, mais seulement six pour cent d'une consommation de 500 W. Plus la charge utile est forte, plus ce péage se dilue.
Au-delà, le mouvement s'inverse : près de sa puissance maximale, l'onduleur travaille dans une zone moins favorable, la ventilation se déclenche, et les pertes de conversion reprennent le dessus. D'où la cloche.
Pourquoi un pourcentage de rendement, seul, ne veut rien dire
Si le rendement dépend de la sortie et de la puissance appelée, alors annoncer « 88 % » sans dire dans quelles conditions le chiffre a été relevé revient à donner une vitesse sans dire sur quelle route.
Les normalisateurs l'ont admis depuis longtemps. La norme européenne EN 50530, qui encadre la mesure du rendement des onduleurs photovoltaïques raccordés au réseau, ne produit pas un nombre unique : elle mesure le rendement à six paliers de charge (5, 10, 20, 30, 50 et 100 % de la puissance nominale) puis les pondère. Le palier à 50 % pèse à lui seul près de la moitié du résultat final, parce que c'est là que ces appareils passent le plus clair de leur vie. Le Fraunhofer ISE, dont le laboratoire d'électronique de puissance est accrédité pour ces mesures, publie d'ailleurs une procédure dérivée de cette norme spécifiquement destinée aux onduleurs bidirectionnels, c'est-à-dire exactement à ce que contient une station d'énergie.
Nous devons appliquer cette honnêteté à nos propres chiffres. Les 46 mesures de capacité restituée publiées dans nos tests proviennent de protocoles indépendants qui n'utilisent pas tous le même palier de charge ni la même sortie. Elles ne sont donc pas rigoureusement comparables entre elles. Quand la puissance de décharge est connue, nous l'écrivons dans le test. Quand elle ne l'est pas, nous le disons aussi, plutôt que de laisser croire à une précision qui n'existe pas.
Ce que donnent nos 46 mesures
Sur les 32 stations d'énergie pour lesquelles nous disposons d'une mesure, l'énergie réellement restituée s'étale de 73,6 à 97,6 % de la capacité annoncée. En incluant les batteries externes, la fourchette descend à 64,5 %. Voici les deux extrémités du classement.
| Annoncé | Restitué | Part | |
|---|---|---|---|
| EcoFlow Delta Pro 3 | 4 096 Wh | 3 999 Wh | 97,6 % |
| Anker Solix C300X DC | 288 Wh | 272,9 Wh | 94,8 % |
| EcoFlow Delta 3 Max Plus | 2 048 Wh | 1 940 Wh | 94,7 % |
| Jackery Explorer 2000 v2 | 2 042 Wh | 1 920 Wh | 94,0 % |
| Jackery Explorer 500 v2 | 512 Wh | 479 Wh | 93,6 % |
| Bluetti Elite 200 V2 | 2 074 Wh | 1 910 Wh | 92,1 % |
| DJI Power 1000 | 1 024 Wh | 838 Wh | 81,8 % |
| EcoFlow River 3 Plus | 286 Wh | 231 Wh | 80,8 % |
| EcoFlow River 2 Max | 512 Wh | 377 Wh | 73,6 % |
Et c'est ici que tout ce qui précède prend son sens. La station qui ferme ce classement, l'EcoFlow River 2 Max avec 73,6 %, restitue 450 Wh sur son port USB-C, soit 88 % de ses 512 Wh annoncés. Le classement ne dit donc pas qu'elle est mauvaise. Il dit à quelle prise nous l'avons mesurée.
Deux remarques de méthode, pour finir de cadrer ces chiffres. Le premier du classement, la Delta Pro 3, doit une partie de son score à un palier de mesure élevé, 2 000 W, favorable pour les raisons vues plus haut : sous 500 W, elle tombe à 3 911 Wh. Et l'ordre de grandeur général reste cohérent avec ce que trouvent les laboratoires indépendants : l'ADAC relève une capacité nette inférieure de 10 à 15 % en moyenne à la capacité brute annoncée par les fabricants.
Calculer son autonomie pour de vrai
Pour dimensionner une installation ou préparer un week-end en autonomie, la capacité annoncée est un mauvais point de départ. Voici comment obtenir un chiffre utilisable en trois secondes.
Sur la prise 230 V, multipliez la capacité annoncée par 0,85. Sur les sorties 12 V et USB-C, par 0,92. Ces deux coefficients encadrent la très grande majorité de nos mesures et laissent une marge raisonnable.
Un exemple concret. Une glacière à compresseur de 45 W sur une station de 1 000 Wh annoncés : la capacité brute laisserait espérer 22 heures. En passant par la prise 230 V, comptez 850 Wh utiles, soit un peu moins de 19 heures. En alimentant la glacière par sa prise allume-cigare sur la sortie 12 V, comptez 920 Wh, soit un peu plus de 20 heures. L'écart entre les deux branchements représente plus d'une heure et demie de froid, gratuitement.
Trois réflexes pour finir : privilégier le continu quand l'appareil l'accepte, éviter de faire veiller un petit consommateur sur une grosse station, et, au moment de comparer deux modèles, chercher dans le test à quelle puissance la mesure a été faite. Un rendement sans ses conditions de mesure n'est pas une donnée, c'est une impression.



