200 W, deux ports à 100 W : ce que ça donne vraiment
C’est l’argument de vente : deux ports USB-C à 100 W chacun, pour recharger deux ordinateurs portables à pleine vitesse en même temps. La réalité tient en trois chiffres, pas un.
Au mieux, les deux ports donnent 91,47 W sur un port et 80,44 W sur l’autre, soit 172 W cumulés. Proche de la promesse, sans l’atteindre. Mais avec deux vrais ordinateurs portables branchés ensemble, le total cumulé se stabilise régulièrement autour de 100 W, pas 100 sur chaque port. Et dans un cas précis, avec les mêmes appareils : 30 W sur chaque port, 60 W au total.
Ces trois chiffres ne se contredisent pas, ils décrivent des situations différentes. Le premier montre ce que la batterie peut techniquement fournir. Les deux autres montrent ce qu’un ordinateur portable réel demande, et comment se passe la négociation entre l’appareil et la batterie. C’est là que ça coince : la négociation USB Power Delivery échoue parfois, et il faut débrancher puis rebrancher le câble pour la relancer.
Cette négociation, invisible pour l’utilisateur, se joue en quelques millisecondes au moment du branchement : l’appareil et la batterie s’échangent une liste de tensions et de courants compatibles, puis s’accordent sur un seul palier. Avec deux ports actifs, chacun mène sa propre négociation, et rien ne garantit que les deux aboutissent au palier maximal en même temps. Le résultat dépend de l’appareil branché presque autant que de la batterie elle-même : un ordinateur qui négocie mal, ou qui demande moins que son maximum théorique parce que sa propre batterie est déjà bien chargée, changera le chiffre final sans que rien ne clignote pour prévenir l’utilisateur.
Et si on branche un troisième appareil ?
Ajouter le port USB-A à l’équation ne partage pas la puissance équitablement entre les trois sorties. Passer de deux à trois ports actifs donne 91,57 W sur le premier port USB-C, quasiment stable, mais 55,31 W sur le second, soit une baisse d’environ 31 %. Le port USB-A, lui, ne récupère que 17,27 W.
Le premier port USB-C branché garde donc la priorité, et c’est le second qui encaisse la baisse quand la demande globale augmente. Le constructeur prévoit d’ailleurs lui-même, pour ce type de produit, une répartition dégressive à trois appareils plutôt qu’un partage égal : dans sa propre table d’allocation, la troisième sortie ne reçoit qu’une fraction de ce que reçoivent les deux premières.
Ce que rendent réellement les 72 Wh
Les 72 Wh annoncés viennent d’un calcul, 20 000 mAh à 3,6 volts, pas d’une mesure de laboratoire indépendante. C’est la conversion standard pour ce type de cellule, et elle est arithmétiquement cohérente, contrairement à certaines fiches du marché qui gonflent le chiffre en présentant les milliampères-heures comme si toute la batterie fonctionnait à la tension d’une seule cellule.
Sur cette plage, le rendement reste stable et honorable, sans grande variation selon la puissance appelée. C’est un point notable : contrairement à d’autres appareils de cette catégorie, la restitution ne s’effondre pas sur les petites charges. Une charge de téléphone à 15 W ne coûte donc pas proportionnellement plus cher en énergie perdue qu’une charge d’ordinateur portable à 45 W, ce qui n’est pas garanti sur toutes les batteries externes de ce format.
Une différence mérite d’être soulignée avec la conversion affichée sur le boîtier. Les 20 000 mAh gravés correspondent à la capacité des cellules à leur propre tension nominale, pas à ce qui sort réellement du port USB-C une fois la conversion électronique effectuée. Ramenés en milliampères-heures équivalents à la sortie, les 58,7 à 62,5 Wh mesurés représentent plutôt 16 300 à 17 350 mAh à 3,6 V. L’écart avec le chiffre du boîtier n’est pas un mensonge, c’est la différence entre une capacité de cellule et une énergie livrée, une distinction que peu de fiches produit prennent la peine d’expliquer.
À 100 W, la batterie se protège avant d’avoir fini
C’est à pleine puissance que le comportement change de nature. Poussée à 100 W sur un seul port, la batterie a délivré 53,53 Wh en 33 minutes, avant de couper. L’écran affichait encore 6 % de charge au moment de l’arrêt.
Ce comportement est constant : après vingt à quarante minutes à pleine puissance sur un seul port, la coupure thermique intervient, y compris dans une pièce fraîche. Aucune option ne permet de plafonner soi-même la puissance pour l’éviter.
Un écran utile, mais qui peut afficher l’impossible
L’écran couleur est le vrai différenciateur de cette gamme : pourcentage, wattage par port, temps restant estimé, et même la santé de la batterie en nombre de cycles. Rien de comparable n’existe sur la plupart des concurrentes.
Sa précision, en revanche, a des limites connues. L’écart entre le wattage affiché et la valeur réelle atteint 5 à 10 %. C’est le niveau d’erreur d’un indicateur pratique, pas d’un outil de mesure.
Le compteur de cycles et de santé de la batterie mérite la même prudence : les valeurs affichées après quelques mois d’usage partiel paraissent optimistes au regard de l’usage réel qu’elles sont censées refléter. Ce n’est pas un outil de diagnostic fiable, tout au plus une indication grossière.
Jusqu’où chauffe-t-elle vraiment ?
Faire passer 100 W par un boîtier de cette taille dégage forcément de la chaleur. Les chiffres disponibles donnent des valeurs assez éloignées les unes des autres, et la raison tient probablement à l’endroit exact où la mesure est prise plutôt qu’à une contradiction réelle.
La valeur la plus basse vient d’un capteur interne, qui ne reflète pas forcément le point le plus chaud du boîtier. La valeur la plus haute cible précisément ce point chaud, le connecteur métallique du port sollicité. Ce sont probablement deux grandeurs différentes, pas deux mesures contradictoires d’une même chose.
Ce qui compte davantage que le chiffre exact, c’est que la coupure aperçue plus haut sur la décharge à 100 W n’est pas un cas isolé : le même schéma de protection se manifeste aussi en charge, à pleine puissance sur un seul port, même dans une pièce fraîche. Aucun réglage ne permet de plafonner soi-même la puissance pour l’éviter, contrairement à ce qui existe sur certaines stations d’énergie plus grandes.
Des protocoles pour presque tout, un câble inclus
La compatibilité de charge est large : Power Delivery 3.0 et PPS côté USB-C, avec en complément Quick Charge 3.0, FCP, SCP, AFC et UFCS. Le port USB-A ajoute la compatibilité SuperVOOC, utile pour les smartphones de certaines marques chinoises qui ne suivent pas les standards PD classiques. Un câble USB-C est fourni dans la boîte, ce qui n’est pas systématique sur ce segment de prix.
L’écran affiche aussi un compteur de cycles et un pourcentage de « santé » de la batterie. Cette estimation mérite d’être prise avec prudence : les valeurs affichées après plusieurs mois d’usage partiel paraissent optimistes au regard de l’usage réel qu’elles sont censées traduire. C’est un indicateur de confort, pas un outil de diagnostic sur lequel s’appuyer pour évaluer l’état réel des cellules.
1h15 annoncées, un peu plus de 1h20 en pratique
Contrairement à d’autres promesses de cette fiche, celle-ci est presque tenue. La recharge complète de la batterie elle-même, annoncée en 1h15 à 100 W, a été mesurée en conditions contrôlées à 1h19 par câble et 1h23 via le socle magnétique en option.
La courbe est cohérente avec ce qu’on attend de cette chimie : une montée rapide au départ, un palier autour de 47 W en milieu de charge, puis un ralentissement progressif en fin de cycle pour ménager les cellules.
200 W, 220 W, 250 W, 300 W : quatre batteries qui se ressemblent
Anker décline sa gamme « Prime Power Bank 20K » en plusieurs versions dont les noms se confondent facilement, et la confusion n’est pas théorique : un contenu publié en ligne, présenté comme portant sur ce modèle précis, décrit en réalité les caractéristiques du modèle voisin à 220 W, poids et puissance par port compris.
| Critère | 200 W (le nôtre) | 220 W | 300 W |
|---|---|---|---|
| Capacité | 20 000 mAh, 72 Wh | 20 100 mAh, ≈72 Wh | 26 250 mAh, ≈100 Wh |
| USB-C | 100 W par port | 140 W sur un port, variable sur l’autre | 140 W par port |
| USB-A | 65 W | 22,5 W | 22,5 W |
| Poids | 545 g | 510 g | 600 g |
Un détail curieux, propre à notre modèle : c’est le seul des quatre à monter son port USB-A à 65 W, une valeur élevée pour ce type de connecteur, quand les versions plus récentes le limitent à 22,5 W. Les modèles à 220, 250 et 300 W compensent par des ports USB-C plus puissants et une application de pilotage plus développée.
Vérifiez donc la référence exacte avant d’acheter, qu’elle apparaisse sur la boîte ou dans l’URL de la fiche produit : A1336 pour la version 200 W décrite ici.
Le prix constaté varie sensiblement d’un marché à l’autre pour cette même référence : autour de 100 € en France et en Italie, sensiblement moins en Allemagne où plusieurs revendeurs descendent sous les 90 €, parfois même sous les 75 €. Comparer les prix affichés au tarif officiel plutôt qu’au premier lien venu reste le réflexe le plus rentable sur ce produit.
72 Wh, sous la limite cabine, mais attention au raccourci
Avec 72 Wh déclarés, cette batterie reste sous le seuil de 100 Wh fixé par l’aviation civile pour l’embarquement en cabine sans autorisation préalable de la compagnie. C’est un vrai avantage pour qui voyage souvent.
Le vrai défaut n’est pas la puissance, c’est la négociation
Le point faible le plus net n’est pas un chiffre de puissance insuffisant, c’est la fiabilité de la négociation de charge elle-même. Sur plusieurs sessions avec des ordinateurs portables réels, la négociation échoue parfois : il faut débrancher et rebrancher le câble pour la relancer, un port restant inactif pendant que l’autre fonctionne. Ce défaut n’est pas isolé à ce modèle : il revient sur d’autres produits Anker de la même famille.
Le socle de charge magnétique vendu en option pose question sur sa fiabilité, y compris après un remplacement sous garantie. C’est un accessoire, pas la batterie elle-même, mais l’information mérite d’être connue avant d’ajouter cette option au panier.
Aucun rappel officiel ne vise ce modèle précis. Anker a rappelé plusieurs références ces dernières années, mais aucune ne correspond à celle-ci. Aucun signalement de gonflement de batterie propre à ce modèle n’a par ailleurs été trouvé.
Face aux autres batteries Anker déjà passées en revue
Cette Prime 20000 complète une gamme Anker déjà bien connue sur ce site. Face à la Nano 30W, plus petite et plus légère, elle vise un usage différent : recharger un ordinateur portable exigeant plutôt qu’un téléphone au quotidien. Face à la A1695 165W, elle offre moins de puissance brute par câble intégré mais un écran bien plus complet et deux ports détachables plutôt qu’un câble fixe.
Le choix se résume à l’usage. Pour un téléphone et de petits appareils, la Nano suffit largement et pèse une fraction du poids. Pour un ordinateur portable unique à recharger vite, la A1695 fait aussi bien à moindre coût. La Prime 20000 se justifie surtout pour qui veut vraiment recharger deux appareils gourmands à la fois, en connaissant les limites réelles de cette promesse.
À qui elle convient, et à qui elle ne convient pas
Elle convient à qui veut suivre en temps réel ce que fait sa batterie grâce à l’écran, à qui recharge un ordinateur portable unique à haute puissance de façon occasionnelle, et à qui voyage souvent en avion avec une seule batterie sous la limite cabine.
Elle ne convient pas à qui compte sur les 100+100 W annoncés pour recharger deux ordinateurs portables à pleine vitesse en permanence : dans les faits, c’est rarement le cas. Ni à qui cherche une batterie de poche : à 545 g, elle vit dans le sac, pas dans une poche de veste.




