Batterie externe en avion : au-delà de 100 Wh, ce sera non dès 2027

Sans communiqué ni gros titre, l’IATA a acté la fin de la dérogation qui permettait d’embarquer une batterie externe de 100 à 160 Wh avec l’accord de la compagnie. Au 1er janvier 2027, le plafond passager devient un 100 Wh net, sans discussion possible au comptoir.

Jauge de batterie coupée net à la barre des 100 Wh devant une silhouette d’avion, symbole de la nouvelle limite IATA de 2027

Ce que l’IATA vient de retirer du règlement

Pour comprendre l’information, il faut connaître les deux étages de la réglementation aérienne. En haut, l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) publie les Instructions techniques, le socle juridique repris par les États. En dessous, l’IATA (l’association des compagnies aériennes) publie chaque année les Dangerous Goods Regulations (DGR), le manuel que vos agents d’enregistrement ont réellement entre les mains. Le DGR reprend les Instructions techniques et peut être plus strict, jamais plus souple.

Le 27 mars 2026, l’OACI a publié un addendum qui a fait beaucoup de bruit : deux batteries externes maximum par passager, interdiction de les recharger à bord, recommandation de ne pas s’en servir en vol. Nous l’avions détaillé dans notre article sur l’interdiction d’utiliser sa batterie externe en vol. Ce que presque personne n’a relevé, c’est ce que l’IATA a écrit quelques jours plus tard dans son guide d’application destiné aux compagnies, daté du 31 mars 2026.

Cet addendum, rappelle l’IATA, continue d’autoriser les batteries de 100 à 160 Wh sous réserve de l’accord de la compagnie. Mais l’association ajoute, à propos de cette dérogation, une phrase qui change tout :

« this provision will not be carried into the 68th edition of the DGRs » : cette disposition ne sera pas reprise dans la 68e édition du règlement. IATA, guide d’application aux opérateurs, 31 mars 2026

Or le calendrier est limpide. La 67e édition du DGR, celle qui tolère encore la fenêtre 100-160 Wh, cesse de s’appliquer le 31 décembre 2026. La 68e entre en vigueur le 1er janvier 2027. À cette date, dans le manuel que les compagnies appliquent, la case « 100 à 160 Wh avec accord préalable » disparaît purement et simplement. Il ne restera que deux catégories pour un passager : jusqu’à 100 Wh, ou rien.

💡 Le saviez-vous ? Le seuil de 100 Wh n’a pas été choisi au hasard : c’est déjà, depuis des années, la limite au-delà de laquelle une batterie lithium cesse d’être considérée comme un simple accessoire personnel pour devenir une marchandise dangereuse à part entière, soumise à autorisation. L’IATA ne crée pas un nouveau seuil, elle supprime l’exception qui permettait de le franchir.

100 Wh, ça fait combien de mAh ?

C’est la question qui bloque tout le monde, parce que les fabricants communiquent en milliampères-heures (mAh) et que la réglementation, elle, raisonne en wattheures (Wh). Les deux ne mesurent pas la même chose : les mAh comptent une quantité de charge, les Wh comptent une quantité d’énergie. Pour passer de l’un à l’autre, il faut la tension des cellules.

La formule tient en une ligne : Wh = mAh × V ÷ 1000. Et c’est là que se cache le piège. La tension nominale d’une cellule lithium n’est pas une constante universelle : selon la chimie retenue et selon la façon dont la marque fait ses comptes, elle vaut 3,6, 3,7 ou 3,8 V. Une même batterie de 30 000 mAh sera donc marquée 108 Wh chez l’un, 111 Wh chez l’autre, 114 Wh chez un troisième. Sur la barre des 100 Wh, cet écart de convention décide de qui embarque.

Capacité annoncéeÉnergie correspondanteAprès le 1er janvier 2027
10 000 mAhenviron 37 WhCabine, aucune formalité
20 000 mAh72 WhCabine, aucune formalité
25 000 mAh90 WhCabine, aucune formalité
27 650 mAh99,54 WhCabine, aucune formalité (juste sous la barre)
30 000 à 43 000 mAh108 à 155 WhInterdite : la dérogation disparaît
44 000 mAh et plusplus de 160 WhDéjà interdite avant 2027

Retenez l’ordre de grandeur : 100 Wh, c’est environ 27 000 mAh. En dessous, vous êtes tranquille. Au-dessus, à partir de 2027, votre batterie reste à la maison. Pour aller plus loin sur l’écart entre capacité annoncée et énergie réellement disponible, notre dossier sur la capacité réelle d’une batterie externe détaille les conversions.

Ce qui compte, c’est le marquage sur le boîtier

En dix ans à voir passer ces produits, nous avons appris une chose : au moment du contrôle, personne ne va ouvrir la fiche technique du fabricant ni votre bon de commande. L’agent regarde le marquage imprimé sur la coque, et il tranche à partir de ce qu’il lit. C’est pour cela que les fabricants sérieux impriment la valeur en Wh directement à côté des mAh.

Deux situations posent problème. La première : une batterie qui n’affiche que ses mAh, sans wattheures. L’agent applique alors sa propre conversion, généralement à 3,7 V, et une réserve de 27 600 mAh peut se retrouver calculée à 102 Wh au lieu des 99 Wh annoncés par la marque. La seconde : une étiquette effacée par le frottement du sac, cas très courant sur les modèles de plusieurs années. Sans marquage lisible, la règle par défaut n’est pas favorable au passager.

⚡ L’astuce du pro Avant un long voyage, vérifiez que la mention en Wh est encore lisible sur votre batterie, et photographiez-la. Si l’étiquette est fatiguée, un morceau de ruban adhésif transparent posé dessus la protège durablement. Cela vous évitera une conversation pénible au portique, surtout sur les modèles proches de la limite.

Quelles batteries externes disparaissent vraiment des cabines

Bonne nouvelle avant tout : si vous voyagez avec une batterie externe classique, il ne se passera rien. Regardez les capacités des modèles de voyage les plus vendus et vous verrez un motif qui n’a rien d’un hasard : 90 Wh, 99 Wh, 99,54 Wh, 99,75 Wh. Les fabricants conçoivent depuis longtemps leurs produits nomades pour se garer juste sous la barre des 100 Wh, précisément parce que la franchir signifie sortir du marché du voyage. Cette architecture les met à l’abri de la 68e édition.

Les vraies victimes de la mesure forment une famille plus étroite mais bien réelle :

  • les grosses réserves de 30 000 à 43 000 mAh, vendues pour recharger un ordinateur portable plusieurs fois ou tenir un week-end entier sans prise ;
  • les packs pour vidéastes et photographes, souvent dimensionnés au-delà de 100 Wh pour alimenter caméras et éclairages ;
  • les très petites stations d’énergie de 150 à 160 Wh, que certains voyageurs faisaient jusqu’ici passer en cabine avec un accord préalable.

Au-delà de 160 Wh, rien ne change : c’était déjà interdit aux passagers, et l’immense majorité des stations d’énergie se situent très largement au-dessus. Pour un usage aérien, c’est bien du côté des batteries externes sous 100 Wh qu’il faut regarder, et les modèles ci-dessous illustrent le haut de la fourchette encore autorisée.

Pourquoi l’IATA ferme cette fenêtre maintenant

Le raisonnement est exposé noir sur blanc dans le guide de l’IATA, et il est plus intéressant qu’un simple réflexe sécuritaire. L’association pointe d’abord une réalité industrielle : fabriquer une batterie externe demande peu de moyens, et le contrôle mondial des fabricants non conformes est jugé insuffisant. Autrement dit, la dérogation reposait sur une confiance que l’IATA ne juge plus raisonnable d’accorder.

Le document rappelle au passage une nuance que peu de consommateurs connaissent : la norme UN 38.3, celle que toutes les fiches produit citent, est un référentiel d’essais de transport, destiné à vérifier qu’une cellule survit aux chocs, aux variations de pression et aux courts-circuits. Ce n’est pas une norme de sécurité du produit de consommation. Un fabricant qui s’en affranchit ne laisse aucune trace visible sur l’emballage.

Deuxième motif, plus récent : les batteries à induction, celles qui rechargent un téléphone par simple contact magnétique. L’IATA les décrit comme une préoccupation émergente, très exposée à la contrefaçon et à la production de masse sans assurance qualité, avec plusieurs signalements de passagers ayant vu ce type d’appareil partir en emballement thermique. Notre dossier sur l’emballement thermique explique ce qui se joue physiquement dans ces quelques secondes.

Troisième motif, le plus technique : l’addendum de mars limite déjà à 100 Wh les batteries que le personnel navigant peut utiliser pour ses propres missions à bord. Laisser un passager embarquer 160 Wh pendant qu’un membre d’équipage plafonne à 100 Wh créait une incohérence difficile à défendre. L’IATA a choisi d’aligner les deux vers le bas.

Attention : le calendrier réel dépend de chaque pays

Voici la nuance que les articles alarmistes oublient systématiquement, et l’IATA la souligne elle-même. Un règlement international ne devient pas opposable partout au même instant : son applicabilité dépend du processus d’adoption de chaque État. Certains l’intègrent immédiatement, d’autres ont besoin d’un délai administratif, d’autres encore doivent passer par une modification législative.

En pratique, cela signifie deux choses pour vous. D’abord, la date du 1er janvier 2027 est celle du manuel professionnel des compagnies, pas nécessairement celle de la loi de votre pays de départ ou d’arrivée. Ensuite, et c’est le point important, les compagnies n’attendent pas : plusieurs ont pris les devants dès 2026 avec des règles plus strictes que la réglementation elle-même, comme Emirates qui n’autorise qu’une seule batterie externe de moins de 100 Wh. Le sens de l’histoire est unique, et il va vers plus de restriction.

La règle pratique est donc simple : ne comptez sur aucune tolérance à partir de 2027, et vérifiez toujours la page « bagages » de votre compagnie avant de partir. Notre guide complet de la réglementation aérienne reprend les seuils en vigueur et la manière de les calculer.

Ce que ça change concrètement pour vos voyages

Si vous devez retenir cinq gestes de cet article, les voici, valables dès aujourd’hui et jusqu’après le passage à la 68e édition.

  • Vérifiez le marquage en Wh de vos batteries actuelles. Sous 100 Wh, rien à faire. Entre 100 et 160 Wh, profitez de 2026 pour anticiper : vous embarquerez encore avec l’accord de la compagnie, plus du tout ensuite.
  • Deux batteries externes maximum par passager, en bagage à main uniquement. Cette limite est déjà en vigueur depuis mars 2026.
  • Jamais en soute, quelle que soit la capacité. Un début d’incendie en soute passerait inaperçu jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
  • Ni utilisation ni recharge en vol. Rangez la batterie à portée de main, sur vous ou dans le siège devant vous, et branchez votre téléphone sur la prise du siège si elle existe.
  • Si vous achetez maintenant en vue de 2027, visez la tranche 20 000 à 27 000 mAh : c’est le meilleur compromis entre autonomie et tranquillité au contrôle, et cette gamme ne sera jamais inquiétée.

Pour la petite histoire, cette décision aura un effet secondaire intéressant sur le marché : elle condamne définitivement le segment des batteries externes « géantes » pour le voyage aérien, et elle va probablement accélérer la course à la densité et au rendement sous la barre des 100 Wh. Une contrainte réglementaire qui pousse à mieux plutôt qu’à plus gros, ce n’est pas si fréquent.

Les produits mentionnés dans cet article

EcoFlow Rapid Pro 27K

EcoFlow Rapid Pro 27K

164.99€ (6)

27 650 mAh, 300W et un câble USB-C 140W intégré : la batterie externe qui recharge un ordinateur portable et trois autres appareils à la fois, écran et appli en prime.

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Anker Prime 26250 (300W)

Anker Prime 26250 (300W)

Découvrir (4)

26 250 mAh et 300 W de puissance totale : deux ports USB-C à 140 W qui rechargent un MacBook Pro comme au secteur, et une recharge à 250 W qui remplit la batterie à vue d'oeil.

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Anker A1695 (165W)

Anker A1695 (165W)

121.62€ (48)

Avec 25 000 mAh, 165 W, deux câbles intégrés et un écran, la batterie Anker A1695 recharge même un PC portable et jusqu'à 4 appareils à la fois.

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Nitecore NB20000 Gen 3

Nitecore NB20000 Gen 3

81.53€ (8)

20 000 mAh pour seulement 291 g : la Nitecore NB20000 Gen 3 en fibre de carbone est la batterie externe ultralégère des randonneurs et des voyageurs.

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Questions fréquentes

Le 1er janvier 2027, date d’entrée en vigueur de la 68e édition du règlement IATA. Jusqu’au 31 décembre 2026, la dérogation de 100 à 160 Wh avec accord préalable de la compagnie reste théoriquement applicable, mais de plus en plus de compagnies ne l’accordent déjà plus.

Non, absolument pas. Une batterie de 20 000 mAh représente environ 72 Wh, très loin de la barre des 100 Wh. La quasi-totalité des batteries externes de voyage restent autorisées en cabine sans aucune formalité.

Regardez le marquage imprimé sur le boîtier : la valeur en Wh y figure sur les modèles sérieux. À défaut, appliquez la formule mAh × V ÷ 1000, avec 3,7 V si la tension n’est pas indiquée. En pratique, 100 Wh correspondent à environ 27 000 mAh.

Elle restera parfaitement utilisable au sol, en van, en camping ou à la maison : seul le transport aérien est visé. Pour l’avion, il faudra la remplacer par un modèle sous 100 Wh, ou en emporter deux plus petites, ce que la règle autorise.

Non, et c’est même l’inverse de ce qu’il faut faire. Les batteries externes sont interdites en soute sans exception, quelle que soit leur capacité, parce qu’un départ de feu y resterait indétecté. Elles voyagent uniquement en cabine.

Sources :